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URGENCE HAÏTI !

Chers amis,
Notre documentaire « l’homme debout » réalisé en 2004 à Haïti découvrait le regard et l’œuvre d’un homme exceptionnel : Francklin Armand qui se bat depuis plus de 30 ans contre la misère dans son pays. Vous trouvez ci-dessous ces nouvelles .
Les fraternités des Petits Frères et des Petites Sœurs de l’Incarnation organisent, appuyés par l’Ambassade de France, la prise en charge alimentaire de 2000 personnes sur le quartier Petite Place Cazeau à Port au Prince et l’accueil de 3000 personnes évacuées par voie militaire, avec le concours des populations paysannes de Pandiassou, Thomonde, Papaye, sur le Plateau Central.
Si vous voulez les soutenir et avoir des nouvelles voici le site de l’AFU (Association Fraternelle Universelle) qui accompagne depuis 1988 les projets de Francklin et sa communauté.
Merci de votre soutient !

Le 22 janvier 2010 | LEMONDE.FR
Point de vue
Haïti, pays-roseau, par frère Francklin Armand

Le monde moderne a connu quatre grandes révolutions : américaine en 1776, française en 1789, Saint-Domingue en 1804 et russe en 1917. Mais celle de Saint-Domingue complète et couronne la révolution de 1789 en intégrant la femme et l'esclave.

Un ramassis d'esclaves arrachés d'Afrique et transplantés sur ce coin de terre a eu le génie de créer son véhicule de pensée (le créole haïtien), parlé par 100 % des Haïtiens, sa propre religion traditionnelle et originale (le vaudou haïtien), sa manière originale de vivre en famille.

Au lendemain de sa libération de l'esclavage, l'Haïtien a deux pays forgés sur un même territoire : l'un, à la manière de l'Europe et l'autre, à la manière de l'Afrique. Deux sociétés se chevauchent parallèlement avec deux modes de pensée, deux cultures. Sciemment, volontairement, nous avons produit ce pays. Mais malheureusement, il sera vite pris en otage par l'armée et la bourgeoisie locale. Ce coin va être transformé en une société d'apartheid ou baïonnettes et fusils feront la loi et le beau temps. "Konstitusyon se papye, bayonet se fe."

Je ne veux pas être méchant, ce n'est pas non plus le moment de l'être ; "sois gentil quand même, Francklin". Mais je me demande, si au départ, nos aînés, que je respecte, ne confondaient pas la notion même de la liberté. La liberté pour le nouvel homme libre ne signifiait-elle pas : avoir d'autres esclaves à son compte ? Aime Césaire écrit ceci : "Un pays est comme un arbre planté, c'est un mûrissement, une chaîne conçue anneau par anneau" ; mais les circonstances historiques, que je ne veux pas évoquer ici, font que nous avons mis en place un pays improvisé, "dans les airs". Nous avons raté la révolution industrielle, la révolution verte et, face à la mondialisation, que comptons-nous faire ? Cette catastrophe naturelle, qui s'abat sur nous au seuil de l'année 2010, peut-être un point de départ et une opportunité abyssale pour Haïti car toute crise est signe de croissance.

Pour avoir eu la chance de séjourner à Hiroshima, au Japon, et dans le désert du Sahara au Maghreb il y a moins de quatre ans, je ne veux pas laisser tomber les bras. Je demande solennellement à tous les Haïtiens, hommes et femmes, de se mettre immédiatement au travail pour reconstruire le pays. Nous sommes capables et nous devons le faire. Nous n'avons pas perdu une guerre mais une bataille. C'est vrai, le fait n'est pas inédit, le pays a connu des séismes de cette amplitude en 1778 et en 1842. Mais, à part quelques secousses sismiques de faible intensité, les catastrophes qui nous sont familières sont les cyclones qui touchent les petits pays, les pauvres des bidonvilles. Mais dans le cas de ce séisme d'aujourd'hui c'est l'élite intellectuelle, économique, ecclésiale et politique qui est majoritairement atteinte. Et c'est pour cette raison que la diaspora et la jeunesse haïtienne, qui représente plus de 60 % de la population, ont un rôle cardinal, urgent et indispensable à jouer.

Je savais que mon pays était aimé par tous les autres pays de la Terre mais la manifestation qui se dégage en notre faveur me sidère et me touche profondément. Reconstruisons, "reconstruisons" est le nom de la charité en Haïti. Dans les six mois à venir, nous devons être en mesure de produire à manger pour subvenir dans une large part aux besoins en nourriture.

L'Etat haïtien vient de faire l'acquisition de plus de 400 tracteurs, de motoculteurs, de pompes d'irrigation, d'achat de semences, de bus, de véhicules tout-terrain, une flotte d'équipements lourds… nous devons nous mettre au travail. Nous devons rapidement mobiliser notre jeunesse et lui proposer le défi d'aller dans les champs pour creuser des bassins piscicoles, planter des légumes, prendre soin des victimes en installant des abris provisoires pour les gens qui n'ont plus de maison, aider les gens à dépasser leur traumatisme.

Dans la deuxième phase, il faut participer à la reconstruction dans un genre de "plan Marshall" que nous devons concevoir nous-mêmes avec l'aide de la communauté internationale en endettant le pays.

Je formule le vœu, au moment où se prépare une grande conférence internationale sur Haïti, que les contributions de la communauté internationale, qui veut aider mon pays, soient rassemblées en un fonds commun, géré conjointement par le gouvernement haïtien et les bailleurs.

Jusqu'à présent, l'aide au développement a été trop fragmentée en une multitude de projets et d'opérateurs qui imposent chacun leurs propres procédures. Il faut redonner une capacité d'initiative aux Haïtiens eux-mêmes. Le cas d'Haïti exige de repenser l'aide au développement telle qu'elle est mise en œuvre actuellement.

Nous ne pouvons accepter de vivre éternellement au crochet des autres pays de la planète, c'est hypothéquer notre dignité et notre souveraineté de peuple libre, indépendant et fier. Nous ne devons et ne pouvons pas nous conduire en peuple arrogant et irresponsable dans la situation à genoux dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui.
Nous disons merci à tous les amis d'Haïti, du Monde, à tous les Etats, à la France et aux Etats-Unis en particulier. Nous vous serons éternellement reconnaissants.

Frère Francklin Armand


Le 18 janvier 2010
Lettre de Frère Francklin ARMAND

Chers Amis de mon Pays et du monde entier,
J’ai finalement le courage de prendre une plume pour rédiger ces quelques lignes. Je suis effondré, terrassé, anéanti, ratiboisé, cuisiné, voila tout ce que je peux dire. Je remercie le Bon Dieu d’avoir permis que je vive dans ma chair et constate de visu ce phénomène inédit, terrifiant qu’est un séisme de 7.3 sous l’échelle de “Richter”.

De constater de visu, l’effondrement de centaines, de milliers de maisons, de morts jonchant les rues de la Capitale, des gens sans dessus-dessous errant la Capitale sans savoir ou aller.

Un ami qui m’est très cher, après le séisme a marche au moins 7 kilomètres à pied pour venir me dire : Francklin, je n’ai plus de maison et me dit de suite au revoir. C’est uniquement cela que je viens te dire et il repart à l’ instant chez lui. Cet ami, dans un temps normal n’agirait pas comme cela. C’est signe que son mental est totalement en désordre.

Le nombre de gens qui perdent la tête sont nombreux. Des amis de partout m’appellent pour me dire : Je n’ai plus de maisons, mes enfants sont morts. J’ai perdu deux, trois, quatre enfants, mon mari, ma femme… Un autre ami m’a appelé pour me dire: Ma cousine, son mari, et leurs enfants sont ensevelis sous les décombres de leur maison.

Suis-je dans le rêve ?

Suis-je devenu tout d’un coup extra-terrestre ? Est-ce réel tout ce que je vois de mes yeux et tout ce qu’on raconte ?

Les principales infrastructures de notre Eglise Catholique de Port au Prince et de quelques villes de Province sont totalement rasées avec des morts innommables et innombrables. La Cathédrale de PauP. Signe de fierté ecclésiale est totalement en ruines, notre Archevêché Métropolitain et de nombreux membres de notre église: Notre Archevêque, Evêque, prêtres, religieux, religieuses, laïques, professeurs, élèves, collaborateurs sont éteints, sans parler de dégâts matériels abyssaux.

A petite place Cazeau, nous avons vu le déluge des voisins sans dessus-dessous, courant partout, des morts et des morts. Je ne peux oublier l’image d’un jeune mourant en ma présence dans la cour de sa famille ou, sous un arbre, un jeune médecin lui plaçait une perfusion. Le petit Comite que nous avons monté et nous-mêmes, ne pouvant plus respirer les odeurs pestilentiels de cadavres, avons pris la décision d’enterrer les nombreux morts dans notre école Françoise et Rene de la Serre, dans un trou creuse pour l’entreposage d’ordures. Le traumatisme était tel que les Parents ne sont pas venus, chacun venait jeter la dépouille qui est sienne et repartait pour ne pas assister a cette scène tragique : L’Inhumation d’un proche est dans cette occasion inhumaine et bestiale. La souffrance se lisait sur le visage silencieux des gens qui n’avaient plus le courage de sourire dans un pays ou le sourire faisait partie de la politesse haïtienne.

Mais, face a tout cela, Mon Dieu, que veux-tu, que veux-tu nous dire ? Je sais jusque dans mes entrailles que tu es le Dieu qui nous aime, nous crée, nous sauve, nous forme, nous envoie.

Je sais que l’Eglise est tienne, tu l’aimes d’un amour inconditionnel, gratuit et désintéressé. Tu n’as aucune feinte et magouille en toi. Tu es le Dieu de la Bonté et de la Miséricorde. Ta Justice et ta Miséricorde ajustées a tous les humains. Tu es un Mystère. Ta Grace aussi est un Mystère. Mais le mal n’est-il pas un Mystère également ?

Je ne pourrai jamais te comprendre, ta Grace également. Je ne cherche pas a comprendre ce mal mortel qui nous tombe dessus brusquement, nous tue, nous humilie, nous met a genoux, mais nous savons que le mal n’a pas le dernier mot : L’amour croit tout, comprend tout, accepte tout … Jésus, Ton Fils, nous disait : Courage, j’ai vaincu le monde.

Merci Mon Dieu pour ce que tu es, ce que tu fais. Nous t’aimons comme tu nous aimes. Nos vies et nos esprits sont entre tes mains.
Francklin
PS- Actuellement, nous organisons l’évacuation des personnes de Port au Prince pour se rendre en Provinces. En ce qui nous concerne, nous sommes en lien direct avec l’Ambassade de France qui nous aide a réaliser cette action concrète.

A PPCazeau, 700 personnes sont accueillies et envisageons avec un traiteur de nourrir 2000 personnes.

Dans le Plateau Central : Pandiassou, Thomonde, Papaye: accueil de 3000 personnes. Des comites se forment pour prévoir et accueillir les personnes.

En une autre étape, Jeunes étudiants et autres vont être mobilises pour organiser et travailler a la production alimentaire future...

  
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